mercredi 8 décembre 2010

Revue de presse 07/12/10 - King Cantona

Je déteste les sportifs. Pas seulement parce qu'ils sont généralement vulgaires et blingbling comme une équipe de France en coupe du monde à Johannesburg. Je les déteste surtout lorsque une poignée d'entre eux se fendent d'une demi-journée de grève et qu'ils sont d'office reçus à l'Élysée, tandis que des millions de Français dans les rues pendant deux mois contre la réforme des retraites ne reçoivent que mépris des hautes sphères de l'État.
Je déteste encore plus les sportifs depuis que, lassée de l'autoritarisme d'un Philippe Val à France Inter, j'ai définitivement quitté ma station préférée (après RCV bien sûr!) pour me coltiner les news de France Info où lesdits sportifs occultent tous les jours un large temps d'antenne que le service public ne préfère pas consacrer aux épineuses questions sociales et politiques...

J'en profite pour faire un petit aparté sur les résultats de l'enquête Médiamétrie septembre-octobre 2010 publiés le mois dernier qui révèlent une baisse de l'audience de France Inter, notamment en Île-de-France... Après moult polémiques concernant la station - Demorand, Porte, Guillon, et autres Gérald Dahan - j'ai cherché dans les médias les commentaires de Val et Jean-Luc Hees sur cette nouvelle... en vain! Après « France Inter, la différence », voici le nouveau slogan de la radio: « France Inter, l'indifférence »!

Bon, je reviens à mes sportifs... J'ai un peu exagéré, en fait, il y a au moins un sportif que j'aime bien et il défraie justement la chronique aujourd'hui: le « king » Éric Cantona!
En effet, outre le fait qu'il fut un très bon buteur – pour ça je ne suis pas la meilleure juge... -, il pourrait devenir désormais un porte-parole pour les anticapitalistes! Le 8 octobre, dans un entretien à Presse Océan, le footballeur déclarait ainsi : « Le système est bâti sur le pouvoir des banques, il doit être battu par les banques! Au lieu qu'il y ait 3 millions de gens dans les rues… ils vont dans les banques et ils retirent leur argent... et les banques s'écroulent... et là, il y a une vraie menace, une révolution! »
Je ne sais pas si Cantona himself s'attendait à un tel buzz suite à ces déclarations, mais il n'empêche que depuis le 8 octobre, la vidéo a été visionnée par des milliers d'internautes qui l'ont repris à leur sauce, en appelant (notamment via le site www.bankrun2010.com) à un mouvement international aujourd'hui, mardi 7 décembre. A cette heure, j'ignore encore quelle a été la mobilisation, mais 34 000 personnes s'étaient déjà engagés sur Facebook hier à retirer leurs petits sous! Quant à Cantona, il devait officiellement retirer au moins 1500€ aujourd'hui (1).
Aux dernières nouvelles de l'AFP en tout cas, des membres du collectif "Sauvons les riches", déguisés en bagnards, ont vidé leurs comptes ce matin dans une agence Société Générale à Paris avant de déposer les espèces retirées au Crédit Coopératif, une banque jugée plus "éthiquement correcte". « Nous voulons lancer un mouvement pour que les gens retirent leur argent des banques malhonnêtes et le mettent dans des « bonnes » banques, des banques qui financent des projets locaux, plutôt que du nucléaire par exemple », ont ainsi déclaré les militants aux journalistes.
Dans cette histoire, ce qui est rigolo aussi c'est que le footeux s'est non seulement attiré les foudres de Christine Lagarde, Roselyne Bachelot et François Baroin, mais aussi celles du soi-disant gauchiste Mélenchon et de Nathalie Arthaud de FO! Wahoo, Cantona, quel bûûûûût!

Et si on lui décernait le prix de la personnalité culturelle de l'année à Cantona? Ben quoi? Ce ne serait pas plus stupide que les huit nominés que Radio France – encore elle!- a choisi pour le prix qu'elle doit remettre ce soir...
Et les nominés sont... Karl Lagarfeld, Michel Houellebecq, Jean Nouvel, Laurent Le Bon, Angelin Preljocaj, Pierre Bergé, Raymond Depardon et Jean-Jacques Aillagon ! Vous ne remarquez rien? Ah si : aucune femme n'est pressentie comme personnalité culturelle de l'année! C'est le quotidien Libération qui le note, dans un article du 6 décembre, à l'instar de l'association féministe La Barbe, laquelle appelle ce soir à un large rassemblement devant la Maison de Radio France pour « féliciter le service public » de son sexisme et célébrer «son viril lauréat 2010»...
Et le journal de se gausser également de cette nomination organisée dans le cadre d’une étude intitulée «la création artistique, levier d’innovation pour le développement durable?» Visiblement, en effet, « l'innovation culturelle » selon Radio France est avant tout le fait d'hommes proches des 60-70 ans !
Pour ma part, même si je ne veux pas tomber dans le jeunisme et si j'ai un profond respect pour le boulot de Depardon, je tombe un peu des nues aussi!
Du coup, j'ai essayé de décortiquer un peu...
Karl Lagarfeld ? Ben ouai, c'est vrai que cette année il a relooké une bouteille de coca light à son effigie... Si c'est pas de l'innovation culturelle ça? Et puis « light » attention! On est dans le milieu de la mode quand même !
Et Pierre Bergé? Ah... Pierre Bergé... Chez Pierre Bergé, le caviar est à la culture ce que la madeleine de Proust est à la littérature (2)... Même si, depuis qu'il a pris le contrôle du groupe avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, les journalistes du Monde, eux, se contenteront des œufs de lump...
Jean-Jacques Aillagon? Si ma mémoire est bonne, c'était le ministre de la Culture qui a suscité l'ire des intermittents du spectacle en 2003... ça mérite bien un petit satisfecit... J'avoue que pour 2010, je ne sais pas trop, à part qu'il est président du domaine de Versailles...
Pour les autres, je n'ai rien à rajouter, si ce n'est que l'architecte Nouvel, l'écrivain Houellebecq, le photographe Depardon, le chorégraphe Preljocaj et le directeur du centre Pompidou de Metz ont déjà fait leurs preuves... et que j'aurais aimé découvrir, avec ce prix, de nouveaux auteurs, plasticiens, compositeurs, comédiens et autres artistes prometteurs, parce que, pour moi, c'est ça aussi le rôle du service public...
D'ici là, comme je suis heureuse de chroniquer librement sur une radio associative plutôt que servilement sur une radio publique, je conclurais ma chronique aussi surréalistement que j'en ai envie avec une autre citation du king Cantona:
« When the seagulls... follow the trawler, it's because they think... sardines will be thrown in to the sea ». Thank you.

Zoé Busca

(1) Je n'ai pas dit non plus que Cantona était anticapitaliste... N'oublions pas qu'il a quand même gagné beaucoup d'argent en tournant des pubs pour Nike notamment... (d'ailleurs, aux dernières nouvelles, il n'aurait finalement rien retiré ce mardi!)

(2) On dirait un alexandrin, non?!

jeudi 2 décembre 2010

Revue de presse 30/11/10 - Vivement 2020?

Pour commencer, un peu de copinage, puisque je vous invite à la lecture du dernier numéro de nos camarades de La Brique, en kiosque depuis deux semaines. Ce n'est pas nouveau, je fais toujours plus ou moins allusion au journal « d'infos et d'enquêtes de Lille et d'ailleurs » à chacune de ses parutions. Mais cette semaine, j'avais envie de leur décerner une petite mention spéciale pour les efforts qu'ils ont fournis en terme de lisibilité! Bravo les Briqueux! J'ai réussi pour la première fois à lire votre canard sans loucher!
Fanzine or not fanzine, telle est souvent la question des publications indépendantes, mais là, je vous remercie d'avoir abandonné le montage à la machette... Machette qu'on préfèrerait réserver aux fafs nationalistes de la Maison Flamande à Lambersart – Vlaams Huis pour les intimes – auxquels vous consacrez un article édifiant. Intitulé « Une taupe chez les fachos », il s'agit de l'interview de Gaston, un jeune gars qui, de matchs de foot en matchs de foot, a fini par se faire introduire à la Maison Flamande. Un endroit qu'il décrit peuplé de poujadistes, royalistes, racistes, séparatistes flamands, hitléristes, et autres sympathiques terminaisons en iste... Derrière le discours officiel de défense du folklore flamand, on se doutait bien que la Maison Flamande était un repaire de l'extrême-droite xénophobe, mais cet article a le mérite d'éclairer de l'intérieur quelques détails – que M. Lepen qualifierait sans doute « de l'Histoire » -, comme la présence dans la bibliothèque de la Vlaams Huis de quatre exemplaires de Mein Kampf...
À lire également dans cette nouvelle Brique: un dossier sur l'aménagement du quartier Fives à Lille (avec la volonté affichée d'en chasser les plus pauvres), une interview de la rappeuse Casey ou encore le portrait d'un ancien SDF...

Sans transition aucune, je passe à l'environnement avec la conférence de Cancùn au Mexique, qui réunit jusqu'au 10 décembre 190 pays autour de la lutte contre le réchauffement climatique.
Après l'amère déception de Copenhague l'an dernier, l'association Greenpeace veut croire qu'on peut encore sauver le climat à Cancùn. Dans un communiqué du 26 novembre, l'ONG pose comme condition que chaque Etat commence par se défaire du principe selon lequel « il n'y a d'accord sur rien, tant qu'il n'y a pas d'axcord sur tout » (pour mémoire, c'est un peu ce qui s'est passé à Copenhague). D'autre part, Greenpeace invite les pays participants à ne plus attendre après les étasuniens toujours à la traîne pour prendre les rennes d'un processus international ambitieux. Enfin, l'ONG note des évolutions encourageantes du côté des pays émergents: la Chine devenant chef de file des technologies vertes, le Brésil en avance sur ses objectifs de réduction de la déforestation, des politiques énergétiques ambitieuses en Inde...
Toutefois, ces beaux espoirs semblent encore bien dérisoires... Rien que la comparaison des chiffres entre les conférences de Copenhague et de Cancùn montre le peu de cas que font aujourd'hui les Etats de cette question primordiale. Le magazine Terra éco nous liste ainsi: 126 chefs d'Etat à Copenhague pour 20 attendus à Cancùn, 10 500 délégués à Copenhague pour 6 000 attendus à Cancùn, 20 000 membres d'ONG accrédités à Copenhague pour 6 000 attendus à Cancùn...
Dans une analyse publiée sur Médiapart, Jade Lingaard, quant à elle, nous donne une vision pour le moins pessimiste des négociations internationales. Déjà, la victoire des Républicains aux élections de mi-mandat aux états-Unis occulte désormais toute perspective d'une loi carbone dans le pays d'ici la fin du mandat d'Obama. Quant aux pays d'Amérique du sud, ils refusent de signer les accords de Copenhague... Au-delà, c'est un échec mondial plus général que constate l'auteure: si tous les pays respectaient leurs engagements de Copenhague (ce qui est déjà peu probable), il y aurait encore 5 milliards de tonnes d'équivalent CO2 de trop dans l'air! Alors que le réchauffement doit être impérativement limité à 2°C d'ici 2020 pour éviter des bouleversements irréversibles, on s'oriente plutôt vers les 3°C...
ça vous fait peur? Tant mieux! Vous réfléchirez peut-être à deux fois avant de commander un 4X4 à Noël!
Et puis, comme j'ai décidé de vous saper le moral aujourd'hui, je voudrais à présent me recueillir à la mémoire de futur feu Le Thon Rouge... Ainsi, à l'issue de la réunion de l'ICAT (commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique), le quota de pêche au thon rouge a été porté – à la grande joie des thoniers industriels - à 12 900 tonnes pour 2011, un « résultat déplorable » pour Greenpeace, dans la mesure où ce chiffre ne laisse au stock que 30% de chance de se reconstituer d'ici 2020.
Décidément, tant que l'économie capitaliste réfléchira à court terme, d'ici 2020, le climat et les poissons ont bien du sushi à se faire!

jeudi 25 novembre 2010

Chronique ciné 23/11/10 - "No et moi"


C’est l’histoire d’une adolescente parisienne surdouée qui a un exposé à faire au lycée. Elle choisit alors de s’intéresser à Nora, qui préfère qu’on l’appelle No, une jeune SDF de 19 ans. C’est là que commence une histoire d’amitié entre les deux jeunes femmes, qui mêlera la famille, quand il y en a, et les amis .

No et moi est un film de Zabou Breitman qu’on a notamment connu pour je l’aimais, il y a deux ans bientôt, un film avec Daniel Auteuil. Et puis l’homme de sa vie, une comédie dramatique qui date de 2006. Se souvenir des belles choses était sa première expérience derrière la caméra. Zabou a commencé à jouer dans des films au départ grâce à son père dès les années 1980. On l’a surtout vue dans des comédies et des drames à la française le plus souvent. No et moi, notre film d’aujourd’hui est donc le quatrième long-métrage qu’elle réalise. Elle y incarne le rôle de la mère dépressive.

Cette semaine j’ai choisi de ne pas vous donner mon avis sur le film, mais de me pencher sur des articles et revues de presse, pour voir ce qu’on en dit de No et moi.

C’est pas moi qui le dis, mais le site où l’on trouve des critiques de films sur Internet Critikat.com. L’exercice que fait Zabou Breitman dans ce film, à retranscrire la situation de SDF à Paris a échoué, non pas parce que le sujet est mal choisi, bien au contraire. Mais parce que la réalisatrice l’aurait trop rendu scolaire avec ses séquences un peu trop découpées… C’est vrai que dans le film il y a parfois des chutes dans les choix de mise en scène, qui laissent penser que l’auteure ne maitrise pas encore tout à fait la machine !

C’est le quotidien le parisien qui bat les records en mentionnant que ce film est « pas-sion-nant », dans les espèces de labels ou étoiles qu’on trouve maintenant sur les affiches et magazines, pour certifier les qualités d’un film. A la sortie de No et moi, dans un article du parisien, on site les qualités du film. Au moment où le critique Pierre Vavasseur parle du roman de Delphine de Vigan dont le film a été adapté, il en profite pour dire que le plus du film par rapport au roman c’est la « pure réussite portée par un remarquable éventail d’acteurs ». Sans vouloir décevoir les spectateurs qui comptent aller voir No et moi, ne vous attendez pas à la meilleure performance que vous n’ayez jamais vue. Avec des blancs dans les dialogues, ou des répliques tournée un peu trop vite fait dans des moments clés de l’histoire du film, je me suis personnellement retrouvée devant un jeu décevant. C’est comme si Zabou Breitman ne savait pas quoi faire de ses acteurs à tel ou tel moment. Passons !

Selon 20 minutes, « Par-delà la chronique sociale, la cinéaste livre une réflexion sur l'amour maternel et la solidarité. » Non, sérieux, on en voit de l’amour maternel ! Avec une mère dépressive incarnée par Zabou Breitman elle-même, qui passe ses journées devant la télé à regarder des documentaires sur les poissons multicolores, on le ressent cet amour envers sa fille qui a besoin de son soutien. En ce qui concerne la solidarité, c’est vrai que le film porte sur une petite bourgeoise parisienne qui a envie d’attirer l’attention sur elle en faisant quelque chose de différent. S’intéresser à une SDF lui a permis aussi d’attirer l’attention de Lucas, le garçon dont elle est amoureuse, qui sera porté par l’initiative et ira jusqu’à la loger chez lui. Parce que lui, bien qu’il n’a que 14 ou 15 ans, il vit seul dans un appartement parisien d’au moins 200m2 à lui tout seul ! enfin bref. Mais en parlant de chronique sociale, Breitman disait dans une interview accordée à 20 minutes, et je ne fais que paraphraser son propos : elle estime que son travail est fait si le spectateur, sorti de salle après avoir vu son film, sourit à un SDF en en voyant. C’est sûr que je vais lui sourire si on m’a appris dans le film qu’un SDF sera toujours aussi perdu que mal éduqué, même si on lui donne l’aide dont il a besoin !

Je ne vous en parle pas pour dire du mal du film mais… Zabou Breitman confie dans son interview donnée à la Voix du Nord que pour elle il y a deux trucs fabuleux dans la vie : « voir des films et faire la cuisine ». Et bien peut-être qu’elle a confondu les des deux ?!Hein Zabou, non, il ne faut plus regarder des films en faisant la cuisine !

Roukaya Ben Fraj

mercredi 17 novembre 2010

Revue de presse 16/11/10 - Tout va changer !

Youpi, ça y est! Après deux mois de mouvements sociaux, la révolution est en marche!!! Tout va enfin changer! C'est même pas moi qui le dis, c'est notre subversive bien aimée et toujours ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, Christine Lagarde! En effet, depuis lundi nous voilà, dixit la Passionara de Bercy, dotés d'un gouvernement « totalement révolutionnaire »!
Parmi les mesures trotsko-léninistes, que dis-je, quasiment guevaristes, de ce remaniement ministériel, je relève notamment avec stupeur le choix particulièrement osé du nouveau Premier Ministre! Viva el gérillero Fillon!! Quelle marque de courage également que cette reconduite aux mêmes postes de l'ultra-gaucho Hortefeux, des ultra-pédago Valérie Pécresse et Luc Chatel ou de l'ultra-écolo Bruno Le Maire... (ministre de la pêche, grand défenseur du thon rouge s'il en est!)
Tout va changer vous dis-je... Rendez-vous compte, il y a même des ministres qui ont changé de porte-feuille! Non, non, sans blague! Roselyne Bachelot, Morano, Michel Alliot-Marie, Eric Besson, Michel Mercier et autres Laurent Wauquiez... Tous des Rosa Luxembourg du nouveau gouvernement!
Bon d'accord, on perd quelques-uns de nos préférés comme l'incorruptible Eric Woerth, et les amis de la diversité que sont Devedjian, Daubresse et Estrosi... Mais c'est pour retrouver d'autres grands révolutionnaires comme Alain Juppé à la Défense et Xavier Bertrand au Travail! Sans compter le nec plus ultra-gaucho Thierry Mariani aux Transports, celui-là même qui préconisait des tests ADN aux candidats à l'immigration...

Enfin, le meilleur pour la fin, juché en haut des barricades, le poing fièrement dressé vers le ciel, voici enfin parvenu au gouvernement le beau, l'unique, le grand, le joliment coiffé, Frédéric Lefebvre au Commerce, à l'Artisanat, aux PME, au Tourisme, aux Services, aux Professions libérales et à la Consommation (rien que ça!)...
Avec celui-là, on a encore tiré un bon p'tit numéro. Aux fanatiques des remakes, je ne peux ainsi que conseiller un article du Monde du 15 novembre, qui nous rappelle par le menu quelques-unes des plus mémorables « lefebvreries » de ces trois dernières années.
On a par exemple le Frédéric Lefebvre à la pointe des nouvelles technologies: "L'absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l'absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d'adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ?"
ou encore le Frédéric Lefebvre résistant: "Ceux qui confondent délation et dénonciation, je les invite à regarder le dictionnaire. […] Si la délation est condamnable car se faisant au détriment de gens honnêtes, la dénonciation est un devoir républicain prévu dans la loi et permettant de lutter contre les délinquants"
Le Frédéric Lefebvre Pourfendeur : "Vous avez raison de soulever la question des étrangers, c'est un problème majeur dans notre pays […]. La délinquance, chacun sait qu'il y a des liens avec l'immigration, c'est souvent pas correct de le dire, mais chacun le sait."
Le Frédéric Lefebvre Médecin: Quelques semaines après avoir dû retirer son amendement visant à rendre possible le travail des salariés pendant les arrêts-maladie, la "boîte à idées" de l'UMP revient à la charge : "Il y a beaucoup de Français, y compris en longue maladie, qui ont besoin du travail pour guérir"

Question environnement aussi, tout va changer puisque revoilà NKM au ministère de l'écologie! Sans ironie, je me réjouirais plutôt du retour de cette spécialiste du dossier, sauf que son porte-feuille ministériel semble s'être vidé de quelques billets verts... Le Ministère perd ainsi la compétence de l'énergie qui passe aux mains de l'économie. Selon Anne Bringault des Amis de la Terre, citée par le Libération du 15 novembre, «la reprise en main de ce secteur par Bercy laisse présager une relance décomplexée de la production avec davantage de nucléaire et d’énergies fossiles, satisfaisant de grands lobbies aux dépends de l’intérêt des citoyens». Dans l’élan du Pacte écologique de Hulot et du Grenelle, la création de ce portefeuille géant était censé montrer le caractère prioritaire et transversal de l’environnement. D’où l’amertume des associations de l’environnement. «Que l’énergie échappe à l’Ecologie pour rejoindre le giron de Bercy est très inquiétant concernant la capacité de la France à tenir ses objectifs de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre et de développement des renouvelables», a réagi Pascal Husting, président de Greenpeace France.
Selon le quotidien, les associations s'inquiètent aussi de la disparition de la Mer de l’intitulé du ministère.
Dans ce même article, « Ce que révèlent les intitulés des ministères », le quotidien décortique également la suppression du ministère de l'identité nationale, rattaché à l’Intérieur d’Hortefeux. Plusieurs associations soupçonnent ainsi un trompe-l'œil avec un ministère «simplement rebaptisé», selon le Cran (association noires).
Mais ne nous y trompons pas, tous ces changements gouvernementaux n'en restent pas moins « révolutionnaires »...

Zoé Busca

mardi 9 novembre 2010

Revue de presse 09/11/10 - J'ai mal aux médias

Ouille, aïe! Oh là là... Mais qu'est-ce que j'ai mal aux médias aujourd'hui!
Peut-être parce que le Canard enchaîné de la semaine dernière c'était la révélation de trop qui fait déborder le kiosque à journaux... Dans un article intitulé « Sarko supervise l'espionnage des journalistes », l'hebdomadaire nous apprend en effet que le chef de l'État commanditerait personnellement la surveillance rapprochée de tout journaliste se livrant à une enquête gênante pour lui ou les siens. Selon des collaborateurs anonymes de Bernard Squarcini, le patron de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, un groupe composé d'anciens RG, aurait même été monté spécifiquement à cet effet. Leur mission prioritaire: déterminer les informateurs des dangereux scribouillards... pour cela, nous dit le Canard, « ces braves gens se procurent les factures détaillées du poste fixe et du portable du journaliste à espionner. » Ce qui signifie également la complicité douteuse des opérateurs de téléphonie...
Certes, ces informations sont anonymes, il n'empêche qu'elles tombent à point pour souligner le climat délétère sévissant actuellement au sein de la presse française.
Après l'affaire des écoutes illégales du Monde, le mois d'octobre a ainsi été marqué par les surprenants cambriolages des bureaux et domiciles de plusieurs journalistes en charge de l'affaire Bettencourt au Monde, au Point et à Médiapart, avec notamment la disparition d'un disque dur contenant toutes les archives du site Médiapart ainsi que les deux CD-Roms de leurs enregistrements de l'ancien majordome de Liliane Bettencourt.
Et que répond Nicolas Sarkozy, interrogé le 29 octobre à Bruxelles à propos de cette triple coïncidence? « Je ne vois pas en quoi cela me concerne ».
Incroyable! Non seulement, il se fiche comme de sa première Rolex d'être le garant de la liberté d'information en France, mais en plus, il ne se donne même pas la peine de démentir sa possible implication dans ces violations du secrets des sources! Et il y en a encore qui s'offusquent que Sarkozy n'ait pas abordé la question des droits de l'homme et du prix Nobel de la paix avec le président chinois Hu Jintao? Encore heureux! Il aurait pu lui demander des conseils sur la répression des médias!
Pourtant, le 4 janvier dernier, une loi a été votée, sous l'impulsion du même Sarkozy, pour garantir au mieux la protection des sources des journalistes, sauf dans le cas d’«impératif prépondérant d’intérêt public». Or, selon Christophe Bigot, avocat et spécialiste dans le droit des médias, interrogé le 27 octobre par Libération, cette exception ne devait s'appliquer que pour les affaires de terrorisme ou quand la santé des personnes était en jeu. Remarquez, c'est vrai que ce que contiennent les ordinateurs de Médiapart, du Point et du Monde sur l'affaire Bettencourt fait l'effet d'une bombe sur la clique présidentielle... et j'espère bien que ça nuit un peu à leur santé politique!
La conséquence perverse de cet espionnage d'État, selon Christophe Bigot, c'est qu'il dissuade les informateurs des journalistes de témoigner : « sans secret des sources, pas de source. Et sans source, pas d’information. Aujourd’hui, toute personne s’adressant à un journaliste qui traite de l’affaire Bettencourt se dit que son numéro peut se retrouver dans une fadette qui atterrira sur le bureau d’un juge… On coupe le robinet à informations. »
Enfin, tout cela ne concerne que les vilains petits canards... Heureusement, qu'on a toujours les bons petits soldats du journalisme au service de l'Élysée!
C'est le Canard enchaîné encore une fois, qui s'étonne : « C'est tout de même curieux, cette manière de vouloir mal faire à tout prix chez nos patrons de l'audiovisuel public. Non seulement, depuis qu'ils sont nommés par le locataire de l'Elysée, le soupçon pèse sur la moindre de leur décision. Mais en plus, ils font exactement ce qu'il faut pour le renforcer chaque fois qu'ils en prennent une »
L'hebdo satirique revient ainsi sur le choix de Rémi Pfimlin d'un nouveau chef du service politique à France 2 en prévision des élections de 2012 et d'un nouveau directeur des programmes à France 3. Le premier, Fabien Namias, a été débauché de chez Europe1, la radio de Lagardère, le « frère » du président, tandis que le second, Pierre Sled, est un ami de Frédéric Lefebvre et une des personnes consultées par Claude Guéant au moment de choisir le remplaçant de Carolis... « Au rendez-vous des bons copains, y'avait pas souvent de lapin... »
Le Canard nous rappelle également l'éviction expresse la semaine dernière du pourtant peu subversif humoriste Gérald Dahan, licencié par le Valesque patron d'Inter deux jours après une chronique dérangeante sur Michèle Alliot-Marie et Sarkozy. Mais là, pour ma part, je suis persuadée que ce jeu des chaises musicales des humoristes à France Inter est une manœuvre du gauchiste Philippe Val pour nous faire comprendre quelque chose. Après tout, l'ancien rédac' chef de Charlie est un grand partisan des caricatures, non? Comment? Vous croyez vraiment que c'est juste parce qu'il a retourné sa veste? A moins que ce ne soit son pantalon, comme qui dirait...
Dans la série « les comiques dans les médias »... J'en ai une bonne à vous raconter... Appelez ça « bidonnage » ou « bidouillage », au choix... L'histoire remonte à début octobre. C'est l'histoire d'un mec... il se dit journaliste. Un jour, il décide de faire un reportage pour le Point sur la polygamie en banlieue. Me demandez pas comment il a choisi le sujet, je vous répondrais que c'est dans la même lignée que « à poil sous le niqab » par exemple, ou « chômeur, drogué et consanguin au coeur du bassin minier », ou encore « femme-rom-qui-fait-la-manche-avec-un-enfant-drogué-dans-les-bars-et-que-le-mari-vient-chercher-en-Mercedes ».
Bref, son article s'intitule « Un mari, trois femmes » et il est basé sur le témoignage d'une femmes en question, Bintou, décrite comme «une jeune femme au joli visage légèrement scarifié de chaque côté des yeux», parlant «un français approximatif» et dont le fils aîné est délinquant juvénile. Sauf que... le journaliste n'a jamais rencontré Bintou! Et pour cause! Bintou, en fait, c'est Abdel, un jeune gars de banlieue qui refile des tuyaux aux journalistes. Lassé de tous les clichés sur la banlieue véhiculés par les médias, Abdel s'est filmé au téléphone avec le Point, se faisant passer pour une femme africaine. Publiée sur le site d'Arrêt sur images, la vidéo démontre le manque de fiabilité d'un journalisme-poubelle pétri de ses préjugés les plus détestables!
Mais ne vous méprenez pas, si je vous raconte tout ça, ce n'est pas pour vous dégouter des médias, bien au contraire! Si je consacre cette longue chronique au sujet, c'est parce qu'il est urgent selon moi que les citoyens se réapproprient ces précieux outils de démocratie que sont les journaux! A défaut de solutions toutes prêtes, je vous invite au moins à réfléchir à ces questions déontologiques avec le seul, unique et interminable article du dernier numéro du Tigre: « Pourquoi faire un journal? »
Et puis, je profite également de la sortie d'un nouveau numéro de la Brique pour citer un embryon de réponse de nos confrères: « Un média, comme son nom l’indique, est pour nous un moyen d’énoncer et de dénoncer ce qui se passe au delà de nos cercles restreints. Y arrive t-on ? La question reste ouverte et on ne s’estimera jamais satisfait-es. Mais si on avance à tâtons, on ne lâche rien, et on persiste à vouloir faire un outil parmi d’autres pour décrypter ce que les puissants s’acharnent à dissimuler. Rendre visible pour débattre, se rencontrer, volontiers critiquer, ou, pire, témérairement polémiquer. Et pourquoi pas, un jour, un soir, une après midi ou un matin, passer ensemble à autre chose. »

mercredi 27 octobre 2010

Revue de presse 26/10/10 - Ne lâchez rien !

Une revue de presse? Aujourd'hui? Vous rigolez? Mais je suis en grève moi, m'ssieurs, dames! C'est que cette semaine elle va réussir à passer la fichue réforme des retraites! Alors c'est pas le moment de lâcher la pression! Même si elle passe d'ailleurs... comme nous le rappelle Politis dans son édition de cette semaine, la loi sur le CPE avait bien été votée au Parlement, puis promulguée par le Président de la République et pourtant, face à l'ampleur du mouvement, Chirac, Villepin and co ont fini par pondre une nouvelle loi... pour sa suppression! Pourquoi, se demande l'hebdomadaire, n'obtiendrions-nous pas après tout une future loi... pour la retraite à 60 ans?!
Alors voilà, je suis en grève et tout ce que j'ai à vous proposer c'est dix minutes de silence. Au pire, les auditeurs débarquant en cours de chronique croiront que nous nous recueillons en mémoire du regretté Georges Frêche! Quelques minutes de silence ne lui auraient d'ailleurs certainement pas fait de mal quelques fois dans sa carrière politique à celui-là... (j'dis ça, j'dis rien, après tout, je ne suis ni harki, ni joueuse noire dans l'équipe de France, encore moins fabiusienne, quoique « pas très catholique » non plus!)
Quoi qu'il en soit, je me tais maintenant.
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Ok, ok... en fait, je vais avoir du mal à me taire alors qu'il y a encore plein de dessous hallucinants dans cette affaire des retraites ! A commencer par une nouvelle info puisée dans Politis (toujours) sur Sarkozy. Le Président? Non! Le frère! Guillaume de son petit nom. Figurez-vous que ledit Guillaume, ex vice-président du Medef est aujourd'hui patron du groupe Malakoff Médéric, qui propose justement des produits de retraites par capitalisation. Ben tiens! Encore plus drôle, il est en cours de créer une autre société d'assurance dédiée à « la création, la gestion, la distribution de produits de retraite complémentaire par capitalisation[...] Avec à la clé un pactole estimé à plus d'un demi-milliard d'euros dans dix ans »... « Un frère fait les lois, l'autre en profite », dénonce Politis. Chez les Sarkozy, dans les gènes, y a pas d'plaisir!

Bon, ça c'était pour l'anecdote – on n'en est plus à un avantage près pour les amis de l'Élysée... -, passons au fond maintenant, avec un long édito d'Edwy Plenel publié le 21 octobre sur Mediapart qui recentre très justement le débat sur la question de l'emploi. « Comment, s'interroge Edwy Plenel, en est-on venu à imposer à tout un pays de débattre d'un futur incertain – le fameux « trou » des retraites – sans aucunement discuter d'un présent évident – le chômage et la crise ? » Alors que la France bat des records européens de non-emploi des moins de 25 ans et qu'un actif sur six est actuellement inscrit à Pôle Emploi, l'éditorialiste nous rappelle que ce sont pourtant les emplois qui font les retraites et les actifs qui financent les pensions. Alors, Papi, tu veux toujours me voler mon boulot jusqu'à 63 ans?

Je dois l'avouer, en septembre, j'étais plutôt pessimiste quant aux chances du mouvement social à faire plier le gouvernement sur les retraites. Mais ça, c'était avant que les lycéens et les étudiants s'en mêlent -allez les jeunes!- et surtout avant la pénurie de pétrole qui fait trembler les hautes sphères du pouvoir... Il faut dire que, selon un article publié la semaine dernière sur le site du magazine TerraEco, la France n'a pas connu une telle situation depuis... mai 68! En effet, même si au dernières nouvelles tous les dépôts ont été réouverts (plus ou moins par la force), ainsi que trois des douze raffineries françaises, l'approvisionnement des stations est encore sévèrement compromis tant que neuf irréductibles raffineries résistent encore et que les terminaux pétroliers de Marseille sont bloqués.
Tout comme l'auteur de l'article, je regrette que cette crise révèle notre dépendance au pétrole, mais je dois admettre qu'en tout cas, c'est diablement efficace! Sans compter qu'avec en prime un trafic autoroutier en baisse d’environ 10 % autour de Paris par exemple, il fait bon respirer ces temps-ci!

D'ailleurs, de nombreux citoyens ne s'y sont pas trompés : les « raffineux » sont un sacré levier pour la contestation! C'est pourquoi, une mobilisation solidaire s'organise pour soutenir financièrement les grévistes des douze raffineries de l'Hexagone. Selon Mediapart en effet, les syndicats des raffineries voient affluer ces jours-ci des dons de particuliers allant jusqu'à un millier d'euros. Un site, Solidaires pour une grève efficace, a même été lancé pour fournir informations, liens et adresses à ceux qui veulent donner aux grévistes des raffineries, mais aussi aux autres (routiers, postiers, etc.). Pour ma part, je me contenterais d'une seule adresse, celle du syndicat Sud Chimie :
Sud Chimie Pharma - 6, rue Louis Blanc - 76100 ROUEN.

Voilà, tout le monde sait ce qu'il lui reste à faire... alors je vous dis rendez-vous jeudi à la manif et, pour reprendre Philippe Colin, « surtout, ne lâchez rien! »

mercredi 13 octobre 2010

Revue de presse 12/10/10 - Bonnes nouvelles


« Éric Woerth, si tu savais, ta réforme, ta réforme, Éric Woerth, si tu savais, ta réforme où on s'la met... » Oh et puis merde, non, pas de sujets polémiques aujourd'hui ! D'ailleurs, ce 12 octobre, je ne suis même pas allée à la manif'... Non que j'aie changé d'avis sur la question, ni que je veuille renvoyer mes grands-parents au turbin, ni même que je ne soutienne pas les grèves reconductibles (d'ailleurs, si j'en avais, moi, du boulot, je la ferais avec plaisir cette grève reconductible!), mais tout ça pour qu'on nous dise encore, après quatre énormes cortèges en un mois, que nous n'étions que 900 000 au lieu de 3,5 millions... À quoi bon ?
Pas de sujet polémique donc ? Mais de quoi vais-je parler alors ? Ben de bonnes nouvelles, tiens! Ça nous changera un peu...

Pour commencer, il paraît que quelque 80 députés UMP réclameraient la suppression du bouclier fiscal. Youpi ! Pardon ? J'ai parlé trop vite... Le site Mediapart dans son édition du 7 octobre nous signale que les 80 députés en question réclament la suppression du bouclier fiscal... ET de l'impôt sur la fortune! « Alors que tout le pays est en colère contre les plans d'austérité imposés aux salariés, jusqu'aux plus modestes, un nouveau et colossal cadeau fiscal est en gestation pour les plus riches », dénonce le quotidien, qui nous renvoie à un communiqué du Syndicat national unifié des impôts montrant que la suppression du bouclier fiscal ferait perdre aux contribuables les plus riches un cadeau de 679 millions d'euros (évaluation 2010), mais que la suppression de l'ISF leur ferait gagner... 3,4 milliards d'euros!
Bon ben c'était pas une bonne nouvelle finalement...

Désolée... Je vais faire un effort alors... et revenir sur l'attribution du prix Nobel de la paix avec un autre article de Mediapart intitulé « Qui connait Liu Xiaobo? ». Réalisé le jour de l'attribution devant le domicile du dissident chinois emprisonné (domicile où sa femme est depuis assignée à résidence), le reportage montre que peu de citoyens chinois connaissaient déjà Liu Xiaobo, encore moins ses revendications pour un véritable État de droit. Cela dit, cette attribution est quand même un signe fort de la communauté internationale, un tant soit peu porteur d'espoir. « Je pense que Liu Xiaobo va devenir un héros pour les Chinois et que sa peine sera réduite ou qu'au moins ses conditions carcérales vont être améliorées», confie ainsi le professeur d'économie Xia Yelong. Pour Mo Shaoping, son avocat, « donner le prix à Liu Xiaobo signifie que la communauté internationale mais aussi l'institution du prix Nobel reconnaissent et valident les théories de Liu Xiaobo en faveur des réformes. Car, rappelons-le, Liu Xiaobo demande qu'on utilise la paix, la raison et la non-violence pour parvenir à un Etat de droit, un Etat démocratique. Il y a évidemment différentes opinions sur la manière d'accomplir cette transition politique. Certaines personnes pensent à la violence. Pas Liu Xiaobo.»

Plus localement, la sénatrice Verte Marie-Christine Blandin est heureuse de nous annoncer l'annulation le 7 octobre de l'autorisation de construction de l'incinérateur Flamoval par le tribunal administratif de Lille. L'information, publiée par LibéLille, n'est pas encore officielle, mais le recommandé serait déjà parti du tribunal. Prévu à Arques, près de Saint-Omer, l'incinérateur, qui doit brûler 92 500 tonnes de déchets chaque année, est décrié par de nombreux riverains, des écologistes qui dénoncent des émissions considérables de gaz à effet de serre, des médecins qui incriminent les pollutions à la dioxine, mais aussi les agriculteurs et même les légumes Bonduelle. Si le tribunal annulait la construction de l'incinérateur, ce serait un coup de tonnerre pour le secteur, et une victoire inespérée pour les opposants, car le chantier a déjà avancé.

Bonne nouvelle aussi, relevée par Didier Porte (pardon, j'avais complétement oublié de vous signaler que notre bien-aimé humoriste licencié de France Inter sévissait désormais tous les lundis sur Médiapart) : cela fait deux semaines (en fait trois maintenant, puisque c'était sa chronique de la semaine dernière) que la France n'a pas subi d'attentats terroristes, alors que tous les voyants étaient au rouge... Preuve s'il en est que notre cher ministre de l'Intérieur fait bien son boulot!

Ceux qui font bien leur boulot aussi, ce sont les journalistes de Politis, qui nous proposent ce mois-ci un excellent hors série pour « Changer de société », qui promeut l'économie sociale et solidaire, l'éloge de la lenteur, la simplicité volontaire, l'engagement collectif, l'idée d'un richesse-bien-être au dépens d'une richesse-PIB, etc.
Ce hors-série de Politis fourmille d'exemples d'initiatives « qui marchent », avec notamment celle de la commune de Grigny dans le Rhône, dont le maire, René Balme, du Parti de gauche, mène des politiques ambitieuses en matière d'écologie et de social. Son projet phare : instaurer une cantine scolaire gratuite avec des produits bio et locaux. Inepties ? Question de point de vue... Personne ne songerait à remettre en cause la gratuité de services municipaux comme la voirie ou l'éclairage public, alors, « est-il normal dès lors, de devoir payer pour satisfaire un besoin vital, s'alimenter? » s'interroge l'élu.
D'accord, mais comment on finance un truc pareil? La municipalité, en partenariat avec des groupes de travail participatifs, réfléchit à des mesures d'économies sur d'autres fronts, telle la limitation de l'éclairage public de 22h à 6h du matin, une mesure qui pourrait générer 90 000 euros d'économies ou encore la question sensible du stationnement payant. Pour l'heure, le principal problème pour Grigny réside surtout dans le manque de fournisseurs bio à proximité, d'où l'idée de favoriser l'installation de nouveaux agriculteurs sur des friches municipales... Comme quoi on peut concilier social et environnement !
J'ai un petit faible aussi pour l'interview du directeur des éditions pour enfants « Rue du monde », inventeur du slogan « Travailler plus pour lire plus »! Et bien sûr, mon article préféré, très sérieusement intitulé « Jetez vos réveils ! » qui préconise des journées de travail idylliques : lever en douceur, matinée ponctuée de trois pauses de dix minutes et sieste après le repas pour un équilibre biologique sain! Et ce sont des chercheurs en chronobiologie qui le disent !
Pour finir sur cette bonne nouvelle, je reprendrai donc une citation de Patrick Font, « le seul slogan qui soit véritablement révolutionnaire » : « alors, ça vient les croissants ? »